Notes
1 L’IAg désigne un type particulier de système d’IA, destiné à générer du texte, des images, des sons, des vidéos, sur la base de modèles d’apprentissage automatique (LLM pour "Large Language Model") entraînés sur de vastes corpus de données. Elle produit des contenus visant la vraisemblance à partir de modèles probabilistes (d’où la reproduction de biais et d’erreurs issus de données d’entraînement).
2 Voir notamment : J. Ellul, Le bluff technologique, Hachette, 2012, 768 p. ; L. Winner, La baleine et le réacteur. A la recherche de limites au temps de la haute technologie, Descartes & Cie, 2002, 271 p.
3 Pour aller plus loin : « "ChatGPT, c’est juste un outil !" : les impensés de la vision instrumentale de la technique », Terrestres, 28 juin 2025.
4 D. Acemoglu et S. Johnson, Pouvoir et progrès. Technologie et prospérité, notre combat millénaire, Ed. Pearson, 2024, 632 p.
5 « IA et musique : "Le plus grand vol de propriété intellectuelle de l’histoire" mis au jour par l’ICMP », Libération, 3 septembre 2025.
6 « IA et copyright : Amazon, Google et OpenAI réclament des exemptions de propriété intellectuelle à Washington », La Tribune, 26 janvier 2026.
7 « Étude Deezer/Ipsos : 97 % des personnes sont incapables de faire la différence entre une musique entièrement générée par l’IA et une musique créée par des humains », Deezer Newsroom, 12 novembre 2025.
8 AI and music: Key facts, Sacem/GEMA, janvier 2024, p. 5. Une autre étude commandée par la Confédération internationale des sociétés d'auteurs et compositeurs (CISAC) évoque une proportion semblable de 24 % de revenus en moins pour les créateur·rices sur la même période, ce qui représenterait une perte cumulée évaluée cette fois à 10 Md€. Voir Étude sur l’impact économique de l’IA générative sur les industries musicale et audiovisuelle. Résumé, CISAC/PMP Strategy, novembre 2024, p. 5.
9 Sur 9 000 personnes interrogées dans huit pays dans le cadre d’une enquête menée par Ipsos pour Deezer, 97 % d’entre elles n’ont pas su distinguer une chanson intégralement générée par l’IA d’une création humaine. Cf. « Étude Deezer/Ipsos : 97 % des personnes sont incapables de faire la différence entre une musique entièrement générée par l’IA et une musique créée par des humains », op. cit.
10 Progressivement entré en application à partir de février 2025, le RIA pose un cadre juridique et règlementaire commun pour l’IA au sein de l’UE. Le texte instaure certaines conditions minimales à l’autorisation des systèmes d’IA sur le marché européen, en fonction de quatre niveaux de risques d’atteinte aux droits fondamentaux. L’entrée en application du texte a ravivé les controverses autour de son caractère flou et imparfait, rapidement remise en cause par des start-up, des grands groupes industriels et des Etats membres de l’UE au motif que cela briderait l’innovation et l’essor européen dans ce domaine.
11 La plateforme avait été épinglée pour avoir présenté des milliers de titres comme le fait d’artistes indépendant·es en les mettant en avant dans un nombre gigantesque de playlists, alors qu’ils étaient créés à moindre coût par des compositeur·rices de l’ombre. Ou, plus tard, pour avoir propulsé des titres générés par IA, dont certains vont jusqu’à usurper l’identité d’artistes décédé·es. Pour des détails : « Spotify et l’arnaque aux artistes fantômes », Les Jours, 4 février 2025 ; « Sur Spotify, l’intelligence artificielle fait chanter les morts », Tsugi, 31 juillet 2025.
12 « Spotify renforce la protection des artistes et des producteurs face à l’IA », For the Record, 25 septembre 2025.
13 « IA générative : Anthropic paiera 1,5 milliard de dollars pour éviter un procès sur le téléchargement illégal de livres », Le Monde, 6 septembre 2025.
14 « "Il n’est pas question de ralentir l’activité de l’IA, mais bien de la rendre vertueuse", selon la Directrice générale de la Sacem », Challenges, 17 novembre 2024.
15 « STIM Launches the World’s First AI License for Music », stim.se, 9 septembre 2025.
16 Reprenant l’une des recommandations de la mission confiée au Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA). Cf. « Rapport de mission sur la rémunération des contenus culturels utilisés par les systèmes d’IA – Volet juridique », CSPLA, présenté en réunion plénière le 23 juin 2025, p. 41 sqq.
17 « Les députés européens souhaitent protéger les œuvres soumises au droit d’auteur utilisées par l’IA générative », communiqué de presse, Parlement européen, 28 janvier 2026.
18 « Keeping Bandcamp Human », Bandcamp Updates, 13 janvier 2026.
19 « L’invité du 13/14 », France Inter, 17 novembre 2025.
20 « Sony Music Group, Universal Music Group, Warner Music Group, Merlin, and Believe to Partner With Spotify to Develop Artist-First AI Music Products », For the Record, 16 octobre 2025.
21 L’étude Sacem/GEMA table sur 3,1 Md$ en 2028 (op. cit., p. 4.), à l’inverse de l’étude CISAC/PMP Strategy qui évoque 16 Md€ – soit environ 18,8 Md$ américains (op. cit., p. 5).
22 En 2024, 69 % du chiffre d’affaires mondial de la musique est généré par le streaming, et un peu plus de la moitié par le seul streaming sur abonnement, qui concerne plus de 750 millions d’abonné·es. Cf. Global Music Report 2025, IFPI, mars 2025, p. 7. Les playlists des plateformes de streaming sont devenues prééminentes sur le plan économique (même si les plateformes elles-mêmes sont toujours en quête de rentabilité), mais contribuent aussi largement à la transformation des manières de créer, de produire, de commercialiser et d’écouter de la musique. Sur ce sujet, voir notamment la série d’articles « La fête du stream » du média en ligne Les Jours.
23 Voici un florilège (non exhaustif) égrainé par Irénée Régnauld, essayiste et doctorant en sociologie qui mène une thèse sur l’appropriation des questions éthiques dans le domaine de l’IA : « Les déclarations grandiloquentes concernant l’IA ne se tarissent pas : pour Sundar Pichai (Alphabet) "l’IA sera le changement le plus profond de notre existence", pour Dario Amodei (Anthropic) elle entraînera "le plus grand bouleversement du marché du travail mondial de toute l’histoire humaine", pour Sam Altman (OpenAI), "D’ici une décennie, peut-être que chaque être humain sur Terre sera capable d’accomplir plus que la personne la plus influente aujourd’hui". Dans un autre registre, Demis Hassabis (DeepMind) avance que l’IA atteindra bientôt la conscience de soi, l’informaticienne Fei-Fei Li annonce que l’IA "a le potentiel d’améliorer la vie de tout le monde dans le monde entier" […] ». Cf. « Huit mythes de l’intelligence artificielle pour déconstruire la "hype" », Mais où va le web ?, 5 mars 2025.
24 J. S. Carbonell, Un taylorisme augmenté. Critique de l’intelligence artificielle, Ed. Amsterdam, 2025, 192 p.
25 « Antonio Casilli, sociologue : "l'IA représente une menace sur l'emploi socialement acceptable », CIO, 23 décembre 2025.
26 E. Bender et A. Hanna, The AI Con. How to Fight Big Tech’s Hype and Create the Future We Want, Harper, 2025, 288 p.
27 Etude sur l’IA dans la filière musicale, CNM/BearingPoint, juin 2025, 79 p.
28 « Musique : face à l’invasion programmée de l’IA, la résistance s’organise », Libération, 29 septembre 2023.
29 L’Observatoire des métiers de la culture et des médias à l’heure de l’IA, créé au printemps 2025, produit des notes de conjoncture régulières à cet effet. Les deux premières ont été consacrées aux métiers de storyboarder (mai 2025, 11 p.) et de comédien de doublage (octobre 2025, 23 p.).
30 A ce sujet, voir « Intelligence artificielle : le vrai coût environnemental de la course à l’IA», Bon Pote, 2 septembre 2025. Lire également : « Comment l’IA dévore la planète», Le Monde, 26 décembre 2025.
31 D’après un rapport publié par OpenAI en lien avec les universités d’Harvard et de Duke, ChatGPT serait utilisé par près de 10 % de la population mondiale adulte, passant de 100 millions d’usager·ères hebdomadaires début 2024 à 700 millions en juillet 2025. Le trafic quotidien représenterait 2,6 milliards d’échanges par jour, soit environ un cinquième de celui de Google. Cf. How people use ChatGPT, OpenAI/Duke University/Harvard University, septembre 2025, p. 1-2.
33 Un rapport du Shift Project prévoit un triplement de la consommation électrique des data centers mondiaux et une hausse annuelle de 9 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, le think tank appelant à la mise en place d’une « trajectoire plafond » pour infléchir une dynamique « insoutenable » et respecter les engagements de l’Accord de Paris. Pour aller plus loin : Intelligence artificielle, données, calculs : quelles infrastructures dans un monde décarboné ?, The Shift Project, octobre 2025, 99 p.
34 Voir respectivement : « L’électricité, symbole de la crise du pouvoir d’achat aux États-Unis », Mediapart, 26 décembre 2025 ; « "Un PC à 1 500 euros en septembre va être vendu 400 euros plus cher" : comment l’IA va faire grimper le prix des portables et des ordinateurs », Libération, 7 janvier 2026.
35 Lire ChatGPT, et après ? Bilan et perspectives de l’intelligence artificielle, Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, Rapport n° 170 (2024-2025) de P. Chaize et al., déposé le 28 novembre 2024, p. 175-177. Les prévisions les plus optimistes sont le fait de cabinets de conseil, de banques d’investissement ou d’institutions internationales : Goldman Sachs évoque des gains de productivité de 1,5 point de % par an sur dix ans et une hausse du PIB mondial de 7 %, le FMI prévoyant une hausse allant jusqu’à 16 % du PIB. Daron Acemoglu, co-lauréat du Nobel d’économie 2024, est beaucoup plus prudent en évoquant des gains de productivité n’excédant pas 0,7 % en cumulé sur les dix années à venir.
36 Selon l’Insee, 10 % des entreprises implantées en France déclaraient utiliser l’IA en 2024 (+ 4 points de % en un an), contre 13 % dans l’ensemble de l’UE. Une proportion qui varie fortement en fonction de la taille (un tiers des entreprises de 250 salarié·es et plus affirment l’utiliser, et seulement 9 % pour celles de 10 à 49 salarié·es), et du secteur d’activité (42 % dans l’information-communication, 3 % dans la construction). Voir C. Lefebvre, « Une entreprise sur dix déclare utiliser l’intelligence artificielle», Insee Première, n° 2061, juillet 2025, p. 1.
37 « Quand l’usage intensif de la GenAI épuise les salariés », Le Monde Informatique, 23 septembre 2025. Voir aussi : « "Workslop" : quand l’IA fait perdre du temps et de l’argent aux entreprises », 01net, 23 septembre 2025.
38 Sur 300 cas analysés par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) dans une récente étude, 95 % des sociétés ne constatent pas de résultats mesurables en termes de chiffre d’affaires ou de croissance à la suite du déploiement de l’IAg. Cf. « IA générative : seules 5 % des entreprises tireraient un profit de cette technologie », France Info, 6 septembre 2025. Un rapport du Boston Consulting Group (BCG) confirme que seules 5 % des 1 250 entreprises mondiales étudiées ont tiré un retour sur investissement significatif de l’IA, quand 60 % n’en ont tiré aucun bénéfice tangible malgré des investissements parfois colossaux. Lire The Widening AI Value Gap, BCG, septembre 2025, p. 3. Enfin, deux tiers des 4 454 PDG interrogé·es dans le monde par le cabinet d’audit et de conseil PwC indiquent que l’IA n’a eu aucun impact sur les revenus de leur entreprise, une proportion qui grimpe à 81 % chez les dirigeant·es français·es. « Les dirigeants français peinent à trouver un ROI à l’IA », Le Monde Informatique, 20 janvier 2026.
39 Le tableau historique dépeint dans Pouvoir et progrès (op. cit) montre que les avancées technologiques se traduisent par une concentration du pouvoir aux mains des élites, des conditions de travail moins-disantes pour les travailleur·euses et un accroissement des inégalités. L’orientation des « révolutions technologiques » au service de l’intérêt général est rendue possible par l’organisation du monde ouvrier, l’action syndicale, ou bien par les réformes politiques qui instaurent des mécanismes de redistribution, régulent des secteurs d’activités ou démantèlent des monopoles.
40 « Comment les entreprises de la tech nous forcent à utiliser l’IA », Limites numériques, A. Beignon et al., février 2025.
41 Près d’une personne interrogée sur deux utilise l’IAg en France, une proportion qui atteint 85 % des 18-24 ans. Un tiers des usager·ères l’utilisent au quotidien, à titre personnel ou professionnel/estudiantin. L’IAg sert avant tout à effectuer des recherches (73 % du panel), aider à la rédaction, la traduction et l’amélioration de texte (58 %), mais aussi à générer des idées (57 %), créer des contenus (42 %), ou encore à interagir (41 %). Cf. Baromètre du numérique, édition 2026, CRÉDOC, février 2026, p. 8-13. Les données publiées par OpenAI en septembre 2025 montrent une évolution frappante : alors que le recours à ChatGPT était équilibré entre travail et loisirs un an auparavant, les trois quarts des usages sont désormais centrés sur la vie personnelle. Les conseils pratiques représentent environ 29 % des usages, suivis par l’écriture (24 %) et la recherche d’informations (idem). Cf. How people use ChatGPT, op. cit., p. 2 et 14.
42 « IA générative : le risque de l’atrophie cognitive », Polytechnique insights, 3 juillet 2025.
43 Pour visualiser par exemple les implications matérielles et politiques liées à une requête adressée à Echo, l’enceinte connectée d’Amazon, consulter la page restituant l’installation artistique « Anatomy of an AI System » (2018) co-réalisée par Kate Crawford, chercheuse spécialisée qui dirige l’AI Now Institute, et par l’artiste et chercheur Vladan Joler. Voir aussi la cartographie de l’IA générative, réalisée en 2024 par le collectif artistique espagnol Estampa.
44 K. Crawford, Contre-atlas de l’intelligence artificielle, Zulma Essais, 2022, 384 p.
45 Zero Trust AI Governance, Accountable Tech/AI Now/EPIC, août 2023, 7 p.
46 « S’attaquer à la hype », danslesalgorithmes.net, 8 septembre 2025.
47 Face à l’IA générative, l’objection de conscience. Manifeste pour l’enseignement supérieur et l’éducation nationale, Atelier d’Écologie Politique de Toulouse, 1 décembre 2025.
48 « 10 propositions pour une désescalade numérique », Collectifs pour une Désescalade numérique, consulté le 12 janvier 2026.
49 Pour approfondir, lire : « Créer avec l’IA, des alternatives écologiques existent », HACNUMedia, 29 septembre 2025.
50 Les premier·ères pensent qu’il faut activement prendre part aux développements technologiques et aux choix politiques associés, pour ne pas laisser les Big Tech avoir le monopole sur l’avenir de cette technologie. Les second·es estiment qu’une technologie développée avec des visées de domination, dans le système actuel, ne peut être détournée à des fins émancipatrices. D’une part, car ces alternatives contribuent tout de même à banaliser et à massifier l’usage de l’IAg, qui profite surtout aux LLM des Big Tech. Et en retour, car cela favorise le « verrouillage » de nos usages et des systèmes sociotechniques qui les rendent possibles (infrastructures, investissements, travail humain, etc.). La stratégie serait alors celle du non-usage, couplé à l’information critique sur les impacts multiples de l’IAg. Pour deux exemples de ces prises de position : « Se déconnecter ne déconnecte pas l’IA», Gregory Chatonsky, décembre 2025, consulté le 1 février 2026 ; Face à l’IA générative, l’objection de conscience. Manifeste pour l’enseignement supérieur et l’éducation nationale, op. cit.
51 T. Prévost, Les prophètes de l’IA. Pourquoi la Silicon Valley nous vend l’apocalypse, Lux, 2024, 216 p.
52 Pour une intelligence artificielle au service de l’intérêt général, CESE, avis rapporté par Erik Meyer et Marianne Tordeux Bitker, adopté le 14 janvier 2025, synthèse p. 4-16.
53 Artificial Power: AI Now 2025 Landscape, AI Now Institute, juin 2025, 122 p.
54 Pour plus de détails : « [Dossier] Comment les collectivités territoriales s’emparent-elles de l’intelligence artificielle ? », Labo Société numérique, 12 février 2025.